samedi 5 avril 2008

Halte à la récupération politicienne!

Un sans-papier est décédé hier après avoir plongé dans la Marne lors d'une rapide course-poursuite avec la police, après que des agents aient désiré contrôler son identité puisqu'ils avaient constaté qu'il empruntait le RER sans titre de transport. Je vais me permettre de partir de ce postulat. Si jamais l'enquête qui a été commandée à la police des polices après cet accident venait à le modifier, je vous prierai de bien vouloir lire ce billet avec à l'esprit ce petit préalable.

Donc, si les faits sont avérés, des policiers ont pourchassé un homme, qui s'est trouvé être sans papiers, et qui a eu l'idée quelque peu saugrenue de sauter à l'eau pour échapper à la maréchaussée.

Le premier constat qui me vient, et je ne suis pourtant pas Sherlock Holmes pour aboutir à une telle évidence, c'est que les policiers ne pouvaient savoir qu'il fût un immigré illégal. Ce n'est pas marqué sur leurs fronts à ce que je sache. Il aurait très bien pu prendre la fuite parce qu'il était déjà recherché, parce qu'il avait quelque chose à se reprocher, ou que-sais-je encore? Il aurait très bien pu également ne pas avoir de papiers parce qu'il les avait oublié chez lui. Donc, il ne faut pas avoir fait polytechnique pour dire que les gardiens de la paix lui ont couru après non par ce qu'il était sans papiers, mais parce qu'il s'était soustrait à un contrôle de police justifié par une première infraction. Je ne dis pas pour autant que les policiers ont agi de la sorte sans que sa possible condition de sans-papier ne leur vienne à l'idée. Cependant, ils n'ont fait que courser un suspect, voilà tout.

Mais il aurait été trop dommage que ce drame ne provoque pas quelques rebonds dans le camp de la bien-pensance et des pourfendeurs de la tyrannie gouvernementale. En effet, le parti socialiste a parlé du "climat de terreur" instauré par le gouvernement à l'égard des immigrés sans droits. Je ne parle même pas des réactions des associations droit-de-l'hommistes par essence qui nous ont gratifié d'envolées humanistes et humanitaires à l'encontre du régime en place, qu'ils voudraient volontiers xénophobe.

C'était plus fort qu'eux. Ils avaient beau être assaillis par ce curieux sentiment qu'on appelle la pondération, les socialistes ont été obligés d'ériger cet accident malheureux en terrible sacrifice d'un innocent par un gouvernement sacrilège. Ont-ils réellement besoin de récupérer le moindre fait pour former leur attaque? A se placer perpétuellement dans le camp des fraudeurs, au nom d'une ligne de conduite qu'eux-mêmes ont admise comme intenable (souvenons-nous des fluctuations de la politique d'immigration sous Mitterand), ils ne font que jouer le jeu incessant et indécent de ceux qui chérissent les causes lorsqu'ils n'ont pas la responsabilité des conséquences.

Il faudrait tout de même savoir où l'on désire placer le curseur. De quel côté de la ligne sommes-nous? Auprès des délinquants, des fraudeurs, des fuyards, ou auprès de ceux qui savent que la vie en communauté passe par le respect des règles et de certaines normes? Il est facile de se donner bonne conscience lorsqu'on qu'au final on a presque aucune influence sur le cours des choses. Accuser de faire la chasse aux illégaux? Quelle drôle d'idée! Se mettront-ils un jour à dénoncer la lutte anti-drogue?

Un peu de bon sens, Mesdames et Messieurs de l'opposition avec un petit o. Tâchons de ne pas oublier qu'une personne qui saute dans la Marne ou se défenestre à l'arrivée de la police est une personne qui ne veut pas tomber dans ses griffes pour une simple et bonne raison: elle a enfreint la loi.

La lutte contre la délinquance et la criminalité semble désormais, aux yeux d'une frange de la population qui a bien trop d'influence (je m'comprend!), fonctionner en miroir: les hors-la-lois deviennent les victimes, et les policiers sont les sbires sans scrupules d'un pouvoir d'oppression. Revenons à la raison: police n'est pas milice. Bien au contraire. Les banlieues française se sont embrasées en 2005 parce que deux jeunes sont morts en fuyant la police. On a beaucoup péroré sur le zèle policier, on les a assimilés à des cowboys... Mais les interrogations fondamentales demeurent: et si ces adolescents s'étaient rendus, comme tout bon citoyen? Et pourquoi les forces de l'ordre devraient assumer les dangers que prennent ceux qui veulent les éviter?

Je ne me lasse pas de lui taper dessus, mais le PS a encore une fois fait preuve d'un laxisme et d'une mauvaise foi à toute épreuve. Il a instrumentalisé la mort d'un être humain à son profit, démontrant, bien que la preuve fut faite depuis belle lurette, qu'il n'est pas capable de concevoir le poids des responsabilités inhérentes à ceux qui gouvernent.

Un homme est mort pour rien, ou si peu. Mais personne ne l'a forcé à sauter de ce pont. Les socialistes auraient bien mieux honoré le souvenir de ce pauvre bougre en évitant d'en faire le martyr qu'il n'est pas.

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