vendredi 29 février 2008

Peuple des infidèles


Peuple des infidèles!


Je tiens à vous rassurer à l'instant, je ne vais pas m'exercer au discours religieux intégriste, comme pourrait le laisser sous-entendre ce titre. Rien de tout cela. Je veux évoquer dans ce deuxième billet la chute de popularité présidentielle. Chute vertigineuse dont certains se délectent, préférant encore une fois tirer sur l'ambulance que de saisir l'occasion d'incarner enfin une véritable force de proposition alternative. Les farouches détracteurs du Président ont la mémoire courte: ils n'ont jamais vraiment gagné à lui taper dessus sans vergogne. Même mon poisson rouge se souvient que la diabolisation, le reductio ad hitlerum dont parlait Léo Strauss, n'a pas eu l'effet escompté. Alors franchement, Monsieur Hollande (pour ne citer que lui) a-t-il si peu à dire qu'il préfère matraquer Sarkozy en-dessous de la ceinture plutôt que d'admettre que ses idées sonnent creuses?


Et pourtant. En faisant flèche de tout bois, ils ont fini par éroder sévèremment la "côte de popularité" du Président. Et, qu'on veuille bien me pardonner cette critique qui touche un large panel de nos concitoyens, il me semble que c'est faire preuve d'une certaine naïveté que de tomber dans ce panneau là. Très sérieusement, la majorité des Français croit-elle que son action est moins résolue qu'en août? Il m'apparaît tout juste que le "style sarko" peut déranger, mais pas la politique, preuve en est l'état de grâce dans lequel s'est installé le soldat Fillon, récompensé à juste titre de son ardeur à la tâche. On me pardonnera encore, mais si le Président est suivi par une nuée de photographes, c'est surtout qu'il fréquente des femmes d'un genre, pour reprendre un terme usé jusqu'à la corde, plus glamour.


En matière d'information, l'offre crée beaucoup plus la demande qu'on ne le pense. Un sondage - vous apprendrez pourtant que je n'aime pas leur accorder trop d'importance - dénonce les excès des médias dans le cas du "casse toi pauvre con" (à 78%!). Les gens sont demandeurs de telles inepties parce qu'on les façonnent en information de valeur. Cette semaine, le FNLC-UC a exhorté les Français résidant en Corse (un comble!) à ne pas aller voter pour les municipales, et , cela dit en passant, sans provoquer l'émoi des élus corses ou même de réaction majeure dans le pays. Qui a eu vent de cette nouvelle? Et qui pense qu'elle a tout de même une toute autre importance qu'un rapide échange de noms d'oiseaux entre deux vaches? Levez-la main. Pas tous à la fois, je n'arrive plus à compter.


Le peuple est volatile. Il flotte, il hésite, en un mot, il est opinion. Il veut des réponses instantanées à des problèmes qui mutent lentement. Il est si versatile que de l'amour fou, il passe au désamour en aussi peu de temps qu'il faut pour écouter ses ennemis de toujours dire: "Il y a un problème avec le Président". N'est-il pas conscient qu'il n'y a qu'un bulletin à glisser tous les cinq ans? Ce n'est pas un engagement jusqu'à ce que la mort nous sépare, c'est pour un petit lustre! Le parallèle avec le mariage n'est pas anodin, et nous ramène au titre de ce post. Serait-ce aller loin que de comparer la hausse du nombre des divorces avec le zapping électoral et ces brusques revirements qui semblent peu fondés? En politique comme en amour, la fidélité serait-elle en train de perdre ses lettres de noblesse?


Bien sûr, le Président a soulevé de grandes espérances durant sa campagne, et il est normal qu'il y ait des mécontentements. Mais ces déceptions m'évoquent pour beaucoup celle de l'enfant qui veut tout sur le champ, alors que, plus que jamais en cette époque où le tempo s'emballe, il faut nous remémorer que parfois les choses prennent du temps, en particulier lorsqu'il s'agit de réformer un pays.


Le Président ne mérite pas un tel acharnement et une telle côte, ne serait-ce que parce qu'aujourd'hui, cette chute est devenue l'écran de fumée derrière lequel certains espèrent dissimuler que l'action gouvernementale suit son cours, cours qui prit sa source au temps délicieux des 65% favorables, qui flirtaient avec les chiffres du Général en son temps.


Mais, il en a fait montre plus d'une fois, Nicolas Sarkozy est plein de ressource et de surprise. Il rebondira. Tant qu'il mènera la barque dans la bonne direction, je lui passerai ses petits défauts, ne l'accablerai pas du fait de sa vie privée, pour mieux profiter de son talent et de son énergie. En somme, je lui serai fidèle. Si seulement 53,06% des Français lisaient vasteprogramme!


Si vous avez tenu jusqu'à cette ultime phrase, je vous remercie de votre attention.



PS: je trouve qu'on prête trop d'attention aux sondages et aux sondeurs. S'ils ne faut pas les ignorer, il faut en saisir les réalités, les imprécisions et les dangers, exigence intellectuelle qui sera largement comblée par l'excellent livre (et d'ailleurs rapidement lu) dont la couverture est reproduite en haut de ce post. Il s'agit de l'Ivresse des sondages, d'Alain Garrigou, déjà auteur d'une passionante histoire sociale du suffrage universel en France depuis 1848.

mercredi 27 février 2008

"Ah... les cons!"





« Ah ! Les cons ! S'ils savaient »

Daladier, revenant de la conférence de Munich où une paix factice avait été conclue avec Hitler et les puissances européennes, lâcha ces quelques mots superbes lorsqu’un collaborateur lui assura que la foule qui l’attendait sur le tarmac de l’aéroport, et qu’il contemplait depuis son hublot, était réunie non pour un lynchage, mais bien pour une ovation. La SFIO aurait-elle, si un badaud avait filmé le (non)-évènement au moyen de son téléphone portable, fait ses choux gras de cette phrase volée ? Sommes-nous à ce point naïfs que nous croyons que le langage et les réactions d’un Président de la République, quel qu’il soit, collent à l’ambiance feutrée des alcôves élyséennes ? Personne, à par Patrick Devedjian qui en a récemment fait les frais, ne serait en mesure de comprendre que ce qui a changé n’est pas forcément le comportement des politiques, qui restent des hommes comme les autres, mais bien la couverture médiatique qui désormais les étouffent ?

Que notre Président n’ait pas été des plus distingués, il faut l’admettre. Mais que cela puisse provoquer un tel remue-ménage, il faut le déplorer. Vous me direz, et vous n’aurez pas tort, qu’un tel message alimente le débat stérile né de cette altercation comme il y en a des milliers à la minute. Mais c’est le phénomène qui prête à réellement réfléchir, pas le déclencheur. Car c’est en effet, depuis deux jours, la souris qui a accouché d’une montagne.

On me permettra néanmoins une digression sur le désormais trop fameux « casse-toi pauvre con ». Que fait ce triste sire au milieu de la cohue, si ce n’est attendre de se trouver face au Président pour, par pure vilénie, lui témoigner son mépris et ainsi décrocher le quart d’heure de célébrité wahrolien qu’il ne mérite pas ? Il est d’ailleurs bien déplorable de devenir la vedette de la vidéo tant visionnée avec pour seul talent l’irrévérence et, on ne le dit pas assez, la méchanceté. Qu’il n’aime pas Sarkozy, libre à lui ! Mais s’en servir de défouloir, quel comportement bien accablant ! Comportement qui n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, la battue orchestrée par certains médias et la gauche pour pousser le Président dans ses derniers retranchements. Quant à sa réponse, il est sûr qu’un simple « imbécile », ou une répartie cinglante bien que courtoise aurait été plus appropriée, mais, très franchement, appeler un con un con n’est-il pas la marque d’un certain réalisme ?

Ce qui est vraiment effrayant, et effarant, dans tout cela, c’est la réaction des gens. Pourquoi, nom de nom, prêter plus d’importance à cette algarade qu’à une dispute entre mon facteur et ma concierge ? Ou qu’à un vrai élément d’actualité ? J’entrevois deux réponses.

Premio, il en est qui, pour éviter de chuter définitivement, se raccrochent au moindre détail. Si vous n’avez pas compris, je parle notamment de la gauche. Regardons-les, tous ces codes de bonne-conduite ambulants, boursouflés de leur rôle de critique automatique, tenter d’abattre un éléphant (sic) en lui jetant des cailloux. Cela en dit long sur leur place dans l’échiquier politique. Un opposant digne de ce nom exploiterait des failles, alors qu’ils veulent voir s’effondrer l’édifice en bourrant les microfissures de dynamite. Tout ceci n’est que gesticulations. Cela peut faire mal, j’en conviens, et il faut espérer que la vie politique de ce quinquennat ne sera pas trop souvent ponctuée par ces tempêtes dans des verres d’eau. Et surtout que l’opinion publique reviendra à la raison, sans se laisser berner par le front d’anti-sarkozysme primaire qui crie « fascisme » quand on dit « immigration », « capitalisme de copinage » quand on dit « libéralisme », ou « crise des institutions » quand on dit « pauvre con ».

Cela dit, et c’est ainsi que j’en viens à mon deuxième élément de réponse, derrière cette crisounette, si vous me permettez ce néologisme, se dessine également une tendance qui n’est pas sans inquiéter le « réac’ » de vingt-trois ans que je suis. Et elle me semble d’ailleurs plus inquiétante que l’habituelle médiocrité dont font preuve, pêle-mêle, les dirigeants du PS ou les vaches sacrées du spectacle (il fallait voir Richard Bohringer hier chez Fogiel !) qui voient en Nicolas Sarkozy un homme dangereux et se fendent de couplets grandiloquents pour défendre une République en péril (suivez mon regard). Non. L’inquiétude vient des passions que cela déchaîne, et du traitement qui en est fait par les médias. Lorsqu’on se penche quelques instants sur le succès des pages internet relatant cette bien insipide histoire et sur celui des informations qui avaient une vraie substance ce jour là, il est fort à penser qu’il y a un glissement dangereux des médias de l’essentiel vers l’anecdotique. Nous aurons l’occasion d’y revenir sur ce tout jeune blog. En tout cas, plus que jamais, il convient de se questionner sur la hiérarchisation de l’information. Si le lecteur veut du gras, du détail, du croustillant, il peut avoir Closer ou Voici, pour le prix du Figaro. Quant à voir les milliers de messages (pour la plupart plus vulgaires et irrespectueux) qu’ont suscités ces quelques mots, il y a là une preuve indéniable que les politiques, s’ils ne s’en sont pas encore persuadés, doivent composer avec la puissance du média internet.

Je termine ce premier post en appelant à la vigilance, non républicaine, mais intellectuelle. Allons-nous nous cantonner au vide sidéral que nous proposent certains médias par leurs partis-pris grossiers ou leur information dévalorisée ? Ou souhaitons-nous nous recentrer sur le fondamental, sur ce qui est vrai, durable, et non sur ce qui n’est que vent ? Voilà une conclusion qui frise la grandiloquence, mais qui vise surtout à témoigner de l’exigence de consistance dans laquelle j’espère placer ce blog.

A très bientôt.



PS : Ce dessin de Gief, qui nous prouve que l’humour reste une belle arme, a été trouvé sur le blog Criticus, qui je pense ne verra pas d’objection à ce que je le reproduise, puisqu'il l'a diffusé lui-même sur Facebook. J’encourage d’ailleurs qui veut à s’y rendre car, bien que je n’adhère pas à la totalité du discours, j’apprécie l’esprit et le style de l’auteur.

Vaste programme... Ouverture

Bonjour à tous,

bien décidé à donner mon avis sur à peu près tout, mais surtout sur la politique, je déclare solennellement ouvert mon blog Vaste Programme, qui adoptera un regard (souvent perplexe) sur les travers de la modernité et les enjeux politiques du moment.

Tout un programme, en somme!

Xavier