jeudi 6 mars 2008

Jérusalem n'est pas près de quitter sa robe de tristesse

Permettez-moi, avant toute entrée en matière, d'afficher un petit préalable à ce post: je n'ai rien d'un expert du conflit israëlo-palestinien. Mais voilà, c'est un sujet qui m'attriste et m'interpelle, parce que ses racines sont ancrées bien plus loin, selon moi, que dans les querelles de territorialité ou même la haine inter-religieuse. Bien sûr, ce sont les deux nerfs de la guerre. Cependant il me semble, alors que nous apprenons ce soir qu'un attentat suicide, le premier en quatre ans, y a fait au moins huit morts, que c'est la folie qui attise cette éternel antagonisme.

Quelle autre explication en effet que la folie, et la facilité qu'on ressent à y sombrer, pour éclairer les dernières actualités:

Un bébé d'un mois tué dans un raid israëlien mardi. Je n'aime pas sombrer dans le mélodramatique, mais n'est-ce pas un peu Mozart qu'on assassine, pour donner une fois de plus raison à Saint Ex? Certains attendent des décennies pour apprendre que l'homme peut être d'une brutalité aveugle, il n'aura fallu qu'un tout petit mois à cette vie sacrifiée.

Ce soir, un homme est entré dans un institut d'étude talmudique et a tiré sur des étudiants, tout aussi aveuglement que le soldat de Tsahal qui a pris l'existence de ce nourrisson. Même froide violence, même besoin de sang. Quel dommage qu'ils se réduisent à ces dénominateurs communs! Tant d'exemples nous permettent pourtant de dire que l'humanité peut l'emporter dans les relations entre un Israëlien et un Palestinien.

Mais voilà, la réalité est là, abrupte. Elle vient salir les beaux discours et les poignées de mains, de Camp David à Annapolis. Ce sont l'innocence et l'intelligence qui sont les premières victimes. Un bébé confronté à une bombe, des étudiants mitraillés, des symboles malgré eux de la déraison qui engendre la haine et contredit la beauté, le savoir. "Oh! j'ai cru voir glisser sur une fleur une longue limace!" disait Cyrano en voyant l'harmonie souillée par la vulgarité.

La religion, la terre, me paraissent plus des prétextes pour plonger tout entier dans la folie qui pousse l'homme à se réjouir de la mort d'autrui. Louis XV, lors de la bataille de Fontenoy nous donne à cet égard une belle leçon, une sorte de saillie d'humanisme guerrier, un discours de realpolitik pacifiste: " Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire, c'est de l'épargner." Ceci nous ferait presque penser que la guerre peut s'accompagner d'une certaine sagesse. Mais les roquettes continuent à fuser, et les hélicoptères continuent inlassablement de cracher le feu et la désolation. Ils sont autant de preuves que cette guerre n'est qu'aliénation.

Le Hamas a qualifié l'attentat de ce soir "d'héroïque". J'ai du mal à trouver les mots pour témoigner justement du mépris que cela m'inspire. N'ont-ils aucun honneur? Se satisfaire d'un carnage, de la mort d'innocents? Ne pas envisager ne serait-ce qu'une seconde la possible condition humaine de l'adversaire? Cela fait écho aux comportements des exterminateurs nazis. Il faut dire que les coups d'éclats de l'armée israëlienne ne font rien pour apaiser la fureur des Palestiniens (rappelez-vous l'attaque contre le Cheick Yassine, chef spirituel du Hamas: un hélicoptère surarmé contre un fauteuil roulant, ça ne fait pas dans le détail).

Qui a commencé (l'oeuf ou la poule dans ce cas) et qui est dans son droit, il m'apparaît difficile de réellement trancher sur cette question, en particulier lorsqu'on ne la maîtrise pas parfaitement, comme c'est mon cas. Ce que je veux souligner ici, c'est que le pacifisme n'est décidément pas à la mode dans cette région du monde, alors même qu'il semble que ce soit le parti de la modernité. A chaque fois qu'un leader s'est imposé sur cette voix au Moyen-Orient, il a subi les foudres des bien-nommés "fous de Dieu". Sadate, Rabin, et plus récemment Bhutto, ont payé de leur sang ce refus de régression. A ce stade, il n'y a que la démence qui peut expliquer à mon sens l'impérieux besoin de se taper sur la gueule ressenti par les extrémistes des deux camps.

En espérant traiter très bientôt d'un sujet plus léger, je vous salue.