samedi 15 mars 2008

Ouvriers sous acide

Aujourd'hui 14 mars, des anciens ouvriers de Lenoir et Mernier, une usine mise en liquidation judiciaire depuis début février, ont menacé de déverser dans la Meuse 500 litres d'acide chlorhydrique si leurs revendications n'étaient pas prises en compte.

Entendons-nous tout de suite: je ne suis pas un grand aficionados des mouvements sociaux, mais je peux comprendre qu'on se révolte contre une mauvaise gestion patronale. Celle-ci peut en effet plonger des gens dans le chômage et la précarité. Il convient en toute chose de se battre pour ce en quoi on croit, et pour ce qui vous semble juste. En l'occurence, il n'est jamais agréable de voir son emploi s'envoler sur les ailes de l'incapacité d'un chef d'entreprise. Je compatis. Sincèrement.

Mais vouloir vider un liquide corrosif dans un fleuve pour se faire entendre, c'est aussi insensé qu'irresponsable. C'est du terrorisme, qu'on le veuille ou non. Déjà en 2000, les salariés de l'usine Cellatex s'étaient livrés à un tel acte barbare. C'est idiot. C'est bas. C'est de plus se tirer une balle dans le pied puisque ces personnes doivent bien habiter dans le coin. Je récuse pleinement ce genre d'agissements.

Et pourtant. Qui osera envoyer la troupe stopper les vélléités polluantes de ces acharnés? Qu'ils tiennent à leurs postes, c'est une chose respectable. Mais cela ne leur confère pas tous les droits. Loin de là. Et la molesse des pouvoirs publics face à de telles menaces témoigne à mes yeux d'un laxisme intolérable. Il y a un laissez-faire vis-à-vis des coups d'éclats ouvriers qui procède d'une tradition de lutte qu'il faudrait savoir considérer dépassée. Il s'agit d'ailleurs plus ou moins de lutte des classes, concept qui ne vise à mon goût qu'à amplifier et exciter les antagonismes entre deux parties qui peuvent vivre en parfaite intelligence.

De l'acide dans une rivière? Quel procédé délicieux! Et si les infirmières versaient de l'arsenic dans les biberons pour critiquer le manque de moyens des maternités? Ou si les patrons dressaient des miradors pour aligner les retardataires? Allons! Va-t-on accorder l'impunité à ces malades au simple titre qu'ils ont raison de se battre? Il y a indéniablement à mon sens un désir de ne pas froisser ces gars-là, comme si on allait remettre en cause la condition ouvrière, alors qu'ils mériteraient d'être poursuivis en justice.

Récemment, deux employés de la RATP ont été condamnés pour avoir saboté du matériel lors des grèves de novembre. Enfin un peu de bon sens! Le service minimum, qui permet enfin aux citoyens de ne pas être dépendants des professions à fort potentiel de nuisance: Encore un peu de bon sens! Nous sommes sur la bonne voie, celle qui permet de dire que la lutte n'est justifiée que lorsqu'elle est respectueuse des autres. Les piquets de grève ne sont rien d'autre qu'une dictature. Retenir un patron n'est rien d'autre qu'une prise d'otage. Vouloir acidifier la Meuse n'est qu'un chantage odieux.

Il faut désormais des voix fortes pour s'élever contre ces excès fondés sur l'idée qu'un délit n'en est pas un au prétexte qu'il est commis par un salarié qui défend ses droits. L'immunité des travailleurs en grève, et à fortiori de certains syndicats et des patron-voyous, est une tare contre laquelle nous sommes en train d'adopter de bons remèdes. Il faut maintenant qu'elle devienne une absurdité aux yeux de tous. Une bataille pour la véritable égalité sociale aura alors été gagnée.

mercredi 12 mars 2008

Somnicipales...

Je dois vous confesser que, malgré mon ardente passion de la politique, j’ai bien de la peine à m’intéresser aux élections municipales. Légitimiste par essence, je glisse sagement le bulletin de mon parti dans cette urne pleine d’enveloppes mais vide à mes yeux de l’aspect supra-municipal que beaucoup lui accordent. Il y a de bons maires et de mauvais maires, comme il y a de bons et de mauvais chasseurs, je vous le concède. Et une ville peut reluire et rayonner grâce à l’impulsion positive d’un maire tout comme elle peut sombrer ou stagner lorsque l’édile ne met pas de vigueur à la tâche. Mais voilà, mise à part dans ma cité, je n’arrive pas à trembler à l’idée d’une vague rose, ou, selon l’expression consacrée, à nationaliser le débat.

Cela va de soi, je suis toujours heureux de voir mon camp faire un meilleur score que son adversaire, puisque cela revêt bien de l’importance aux yeux de certains. Et c’est d’ailleurs ce qui me pousse à plier consciencieusement la liste estampillée par ma famille politique dans l’isoloir. Cependant, moi qui suis fébrile comme peut l’être un supporter de foot lorsque j’assiste au match des présidentielles ou des législatives, avec mon canapé en guise de gradin, je ne zappe sur ces soirées électorales que lorsque je ne trouve pas de rediffusion de Chasse et Pêche pour rejoindre les bras de Morphée. Car ce scrutin là révèle les carriérismes, les petits conflits d’intérêts, et la médiocrité de certains élus.

J’aime la politique locale. J’apprécie la poignée de main chaleureuse d’un candidat envers un commerçant, ou le petit meeting qui se clôture sur un verre de kir dans un gobelet en plastique. J’écoute volontiers les incartades lors des conseils municipaux, et voit le maire couper des cordons d’inaugurations avec plaisir, car je crois profondément que toute communauté a besoin d’une tête, d’un représentant, et d’un moteur pour servir ses intérêts. Mais ces commentaires le soir des élections : quel ennui ! quelle redondance !

Les ministres, les responsables politiques, les sondeurs, courent de plateaux en plateaux pour livrer une analyse bien souvent stérile. Nous en avons eu un exemple dimanche dernier et on nous en resservira en rabe dimanche prochain. Toutes ces interventions ne tendent qu’à nous prouver que la politique est le sempiternel jeu qui consiste à interpréter les chiffres selon qu’ils vous sont favorables ou non. La gauche qui s’attache si souvent aux sondages en a étonnement ignoré un qui indiquait que les Français avaient voté à 75% pour des raisons locales, et la droite a mis en avant les bons scores de ses ministres pour faire diversion face à sa performance mitigée. Si les résultats avaient été inversés, Devedjian aurait parlé d’un appui massif de la politique gouvernementale et Royal ou Hollande auraient rappelé que les villes étaient déjà bien ancrées à droite depuis 2001 et qu’ainsi la défaite n’en était pas une. En parlant de Ségolène, d’ailleurs, j’ai trouvé son appel au retrait du paquet fiscal avant même le deuxième tour très mignon, voire naïf. Avec celle-là, décidemment, on en vient à se demander si la gauche ne s’est pas déjà résignée à perdre en 2012.

Il y a certes une dichotomie droite-gauche dans les politiques municipales (investissements, impôts…), mais beaucoup d’électeurs s’attachent à des détails qui n’en relèvent pas vraiment (travaux publics, vie culturelle…). De surcroît, le contact avec l’élu ou le candidat compte beaucoup. Et personne n’ira me dire que les élus de droite claquent mieux la bise ou caressent mieux la tête des bambins que ceux de gauche. Ces choses-là ne s’apprennent ni à l’ENA, ni rue de la Boétie, ni rue de Solférino. Que la dimension nationale s’invite un peu dans ce vote, c’est normal. Elle s’était bien invitée dans le référendum européen. C’est systématique, et il faut en tenir compte. Mais tout cela m’apparaît un peu trop complexe pour qu’on en livre une lecture cohérente à l’échelle du pays.

Pourtant, sur les plateaux de télévision, ils se succèdent et se ressemblent. Les journalistes les assènent de question sur l’impact au plan national en oubliant qu’il s’agit d’abord de la vie quotidienne des votants dans leurs villes. Et ils répondent tous différemment, nous embrouillent l’esprit, et se gobergent d’amalgames, de raccourcis. Ils font des bouquets avec des fleurs dépareillées. Alors je m’endors en attendant que l’inspecteur Derrick m’offre un spectacle un peu plus exaltant.

Amusez-vous bien dimanche soir !

PS : un coup de chapeau à Alain Juppé pour sa belle élection. Il est en passe de devenir un maire de référence, et j’entends vanter les mérites de sa gestion par la plupart des Bordelais que je rencontre.

dimanche 9 mars 2008

La bêtise sous presse

L’hebdomadaire Marianne a titré cette semaine : "DEMAIN, LE PUTSCH FILLON". Ne me faites pas rire, j’ai les lèvres gercées par la froide bêtise d’une certaine presse.
Il y a peu de temps, le nouvel observateur, déjà support du merveilleux appel à la vigilance républicaine, qui a en effet sauvé le pays des délires du despote, parlait de « l’obscénité » sarkozyste. Il est vrai qu’aller soutenir les révélations douteuses, et très probablement fantasmées, d’Airy Routier sur le texto de Nico dans l’énième épisode de la sitcom dont ils sont les piètres scénaristes, n’a assurément rien d’obscène. Ca messieurs, cela s’appelle prêcher contre sa chapelle.

J'ai mal à la tête à l'idée que certains continuent à considérer ces journaux comme irréprochables. La preuve en est, hélas, que certains de leurs journalistes sont encore conviés dans des émissions quotidiennes pour pondre, si ce n’est pas vomir, leurs avis éclairés. Ne me faites pourtant pas dire ce que je n’ai pas dit : on peut écrire dans ces torchons et être d’une intelligence normale, voire supérieure (pensons à Joseph Macé-Scaron chez Marianne, dont les éditos au Fig Mag tiraient leurs lecteurs vers les sommets). Mais on continuera de mettre son talent au service d’une pensée engluée dans la bien-pensance (n’en déplaise à Monsieur Kahn) et dans une vision surannée de la société adoptée par les élites de la médiocrité adoubées par mai 1968.

Ce petit mois de mai revient souvent dans les discours de droite, j’en ai bien conscience. Mais le bien qui en est sorti à l’époque – un certain affranchissement d’une conception « réactionnaire » de la société – a été effacé par les méfaits qu’il a produit durant quarante années – un esprit révolutionnaire en tout, et un accaparement partiel mais néfaste de la stature d’indépendance intellectuelle au profit de l’intelligentsia de gauche. L’idée de vouloir s’affranchir d’un tel héritage, portée par le Président en campagne, fait fulminer tous ceux qui voient dans ces quelques jours le virage capital de la France vers la modernité. Et elle fait vibrer ceux qui n’oublient pas la marche des partisans de de Gaulle du 30 mai, et ressentent que ce qui fait grandeur de la France ne se résume pas uniquement à des étudiants qui battent le pavé pour mieux l’envoyer à la tronche des CRS.

Un putsch de Fillon ! Et pourquoi pas une prise d’arme de Xavier Bertrand ou un coup d’Etat de Jack Lang ? (à dire en l’imitant : « la siège du palais présidentiel : c’est une idée de moi ! »)
Il faut une sacré dose d'audace et de stupidité pour émettre de tels propos. Ils nous démontrent que ces faux journalistes d’opinion sont en réalité de vrais opposants primitifs. Ceux-là savent notamment que leurs journaux se périment vite : ils n’ont pas à endosser la responsabilité de telles sottises très longtemps, comme ceux qui ont comparé Sarkozy à Le Pen pendant la campagne pour essayer de l’éreinter. Il s’agit pour eux d’entretenir en permanence l’idée de pagaille et d’échec à la tête de l’Etat, leur cible privilégiée.
Le plus fidèle des sarkozystes, un homme détaché des sondages, vouloir être calife à la place du calife ? Ils vont loin, très loin. A croire que leur devise est « plus c’est gros plus ça passe ». "Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti". La phrase est belle et pleine de sens. Mais il ne suffit pas de l'imprimer sous le titre pour se l'accaparer et s'en imprégner. Permettez-moi d'ailleurs de douter qu'il plût à l'admirable Camus d'être embrigadé dans ce coup là.

Et parlons un peu du Nouvel Obs et de sa publication courageuse du fameux appel. Sans doute ont-ils cru qu’ils pourraient ainsi s’investir de la même gloire que l’Aurore publiant le « J’accuse » ? Ou qu’ils rejoindraient le comité des intellectuels antifascistes de 1934 (titre auquel j'adjoindrai volontiers "modestes") dans la lutte contre le Mal ? Et quelle prestigieuse liste de signataires ! Bayrou, le monarque du Moudem ; Royal, qui critique la venue de Khadafi lorsqu’elle ne vante pas la rapidité de la justice chinoise ou ne rencontre pas des membres du Hezbollah ; et Villepin, pour qui Clearstream ne fera probablement au final que prouver qu’il voulait empêcher Sarkozy de franchir le Rubicon pour tenter lui-même la traversée (avec du plomb dans les poches, cela fit en passant…).

Refaire le match pour faire gagner Ségo au moins dans leurs rêves... Une idée bien saugrenue, à moins bien sûr qu'ils ne préfèrent une République où l'on vote tous les mois pour un nouveau dirigeant! Il faut nous persuader qu'en matière de vie politique, l'extrêmisme de gauche vaut celui de droite, et qu'il faut désormais se départir de l'idée que l'un est meilleur que l'autre. C'est notamment la raison pour laquelle on devrait apporter moins de crédit à ces journaux dont le manque de sérieux contraste avec la gravité des sujets qu'ils évoquent, au simple motif que certains extrêmistes s'investissent du droit de tout dire en toute impunité.

Les tenants d'une version angélique de l'Histoire de l'extrême gauche ont réussi la prouesse de transformer des bouchers en héros. Ainsi, certains arborent la figure de Guevara sur leurs t-shirts ou accrochent des affiches de Mao dans leurs cuisines. Liraient-ils pour autant Mein kampf dans le métro? Ne peut-on pas dégager une similitude entre cette aberration et l'errement qui consiste à prendre pour du miel le venin de certains journalistes? Il convient aujourd'hui de lutter contre les fanatismes de tous bords, et de revenir à une certaine raison, qui par ailleurs n'entrave en rien l'engagement politique éditorial, tout en conservant pudeur et mesure. Et de commencer à croire qu'en effet, "dans un monde parfait, l'Humanité n'existerai pas". C'est bien là le seul point que je leur concèderai.

Je vous souhaite un bon début de semaine.

PS: Un détail cependant: cette critique acerbe ne visait pas le Canard enchaîné, pour la simple et bonne raison qu'il est installé depuis longtemps dans la satire politique, genre nécéssaire, et différent, car assumé, de la presse d'opinion calomnieuse.