mardi 25 mars 2008

Reporters Sans Peur et Sans Reproche


Les autorités grecques ont relâché hier soir les trois activistes de Reporters Sans Frontières, dont leur dirigeant Robert Ménard, qui avaient perturbé le déroulement de la cérémonie d'allumage de la flamme à Olympie. Agitant leurs drapeaux où les cinq anneaux sont remplacés par des menottes, ils se sont placés dans le champ de la caméra, juste derrière l’officiel chinois qui discourait, avant d’être neutralisés par le service d’ordre. La télévision chinoise, qui diffuse toujours en léger différé au cas où par malheur des signes malencontreux de démocratie ou de liberté venaient à se glisser dans ses programmes, a censuré ce passage.


J’aime l’ordre. J’abhorre les trouble-fêtes. J’en ai fait les frais avec mon ancienne association étudiante, lorsque des anti-CPE qui sentaient la vinasse et la bêtise sont venus interrompre une manifestation que nous organisions, le Concours de Plaidoiries des étudiants lyonnais. Ces gars-là, avec qui il était impossible de palabrer, méritent le bagne. Ils sont venus, ils ont semé le désordre, et ils sont repartis encore plus imbéciles qu’ils n’étaient arrivés. Dans ce cas, c’était disproportionné, méchant, petit. Souvent, ce type d’intervention est stérile et dessert la cause soutenue (voyons les intermittents du spectacle aux Césars !).


Mais ce qui s’est passé en Grèce, je le cautionne entièrement, si tant est que qu’on puisse se soucier de ma caution. Prendre la décision d’accorder les JO à la Chine était sage, car c’était l’ouvrir un peu plus au monde et lui donner la chance de montrer un visage plus conforme aux exigences démocratiques modernes auxquelles elle semble d’ailleurs indifférente. Mais la Chine n’est ni plus ni moins qu’une dictature, et il s’agirait de ne pas l’oublier. Elle muselle la presse, et organise des campagnes diffamatoires envers ses opposants, comme le Dalaï-lama (elle l’a accusé d’avoir organisé les heurts avec les forces de l’ordre chinoises au Tibet !).


Alors Ménard et sa clique, qui en dehors de ces coups d’éclats mènent en permanence une action nécessaire de dénonciation des dérives vis-à-vis des journalistes, ont eu raison de faire ce qu’ils ont fait. Par leur lutte, ils fournissent un éclairage sur le problème éthique que pose ces Jeux, qui glorifient certaines valeurs que la Chine n’honore pas. Et je suis heureux de voir que certains n’hésitent pas à évoquer un boycott de la cérémonie d’ouverture. Tout cela me semble très sain, car l’enjeu est suffisant pour se livrer à de tels agissements, que d’habitude je réprouve.


Pour un peu, ça me donnerait envie d’aller brandir une bannière Vasteprogramme derrière la tribune au prochain congrès de la LCR.


PS: Un peu de pub: j’ai évoqué dans ce billet le Concours de Plaidoiries des étudiants lyonnais. La quinzième édition a commencé aujourd’hui. C’est tous les soirs à partir de 18 heures à la Manufacture des Tabacs à Lyon. La finale est le jeudi 10 avril (plus d’info sur http://www.adely.org/).

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Je cautionne comme toi l'action de reporters sans frontières.
Comme l'a récemment rappelé un politique dont je ne me souviens plus le nom, par ce type de manifestation, ils sont tous simplement"dans leur rôle".
Mais quid des chefs d'Etat et des politiques en général?
Doit-on se résigner à laisser des ONG telle que RSF faire le sale boulot?
La diplomatie peut-elle s'affranchir, ne serait-ce qu'un petit peu, de la raison d'Etat, qui plus est vis-à-vis d'un Etat comme la Chine, futur première puissance mondiale et plus grand marché planétaire?
Je reste pessimiste évidemment mais pas tant que ça: après tout la France a bien réfusé toute idée de guerre en Irak à l'encontre du géant américain...
A ce titre Xavier penses-tu que les politiques possèdent une réelle marge de manoeuvre, autre que des déclarations symboliques, pour lutter les abus du régime chinois?

(JANO)

Xavier Bouillot a dit…

Le question n'est pas tant le pouvoir d'agir que la volonté d'agir. On peut créer un front d'opposition à l'échelle de l'état, et ainsi peser dans la balance.
Mais si les ONG doivent prêcher pour leurs chapelles, les Etats doivent faire preuve de modération et de pragmatisme. C'est la realpolitik. Je pense qu'on peut être un fervent défenseur des droits de l'homme et avoir des relations diplomatiques avec la Chine pour deux raisons principales:
- premio, il faut rester en bons termes avec une telle puissance, car, comme tu le soulignais, elle va prendre bientôt la première place mondiale.
- deuxio, en tissant des liens, on peut influer sur son mode de gouvernement, en donnant l'exemple et en poussant cet état sur la voie de la démocratie, la vraie.
Mais la Chine n'a de communiste que les méthodes de direction, et non l'économie. Ils souhaitent tous accéder au niveau de vie des occidentaux, et ont une mentalité totalement différente, qui place certains de nos principes fondamentaux au second rang. c'est pourquoi la tâche est ardue, mais il faut persévérer et savoir être ferme.
A ce titre, le fait que Sarkozy ait parlé d'un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture me semble une bonne prise de position: elle n'est pas aussi définitive qu'une ONG mais n'est pas le signe d'un laxisme envers la Chine.
De Gaulle dit un jour:"la diplomatie est l'art de faire durer indéfiniment les carreaux fêlés!" - Toute l'idée me semble là: malgré les fractures, il faut savoir aller de l'avant.
Merci pour ta participation.

Unknown a dit…

D'accord également, mais quid de l'attitude des US en Irak? Faut il boycotter le Mac Do, les films, les jean's? Faudra-t-il aussi boycotter les jeux olympiques d'hiver en Russie au nom des grandes vertues de la conception démocratique occidentale?

Je pense que la situation diplomatique est d'une incroyable complexité. Nous commençons à sentir les effets du déclin économique, politique et culturel de l'occident. Aujourd'hui les petrodollars russe, le potentiel et la démographie chinoise ont raison de nos principes...c'est bien triste

Xavier Bouillot a dit…

Le parallèle est en effet très intéressant. Il y a des gens pour lutter contre la Chine mais l'activisme anti-américain est mou du genou, alors qu'il y aurait à redire.

Mais je ne te rejoins pas sur le principe d'oublier ses principes au nom des pétrodollars. Il faut comprendre que la diplomatie fonctionne comme une balance des intérêts et est impossible sans se livrer à certains compromis, qui sont la base des relations internationales comme par ailleurs du choix politique. Ainsi, ne pas hésitez à faire pression sur un pays tout en évitant de s'y attaquer avec virulence est la marche à suivre dans ces cas. La menace du boycott me semble d'ailleurs plus importante et souhaitable que le boycott, que je ne désire pas.