dimanche 9 mars 2008

La bêtise sous presse

L’hebdomadaire Marianne a titré cette semaine : "DEMAIN, LE PUTSCH FILLON". Ne me faites pas rire, j’ai les lèvres gercées par la froide bêtise d’une certaine presse.
Il y a peu de temps, le nouvel observateur, déjà support du merveilleux appel à la vigilance républicaine, qui a en effet sauvé le pays des délires du despote, parlait de « l’obscénité » sarkozyste. Il est vrai qu’aller soutenir les révélations douteuses, et très probablement fantasmées, d’Airy Routier sur le texto de Nico dans l’énième épisode de la sitcom dont ils sont les piètres scénaristes, n’a assurément rien d’obscène. Ca messieurs, cela s’appelle prêcher contre sa chapelle.

J'ai mal à la tête à l'idée que certains continuent à considérer ces journaux comme irréprochables. La preuve en est, hélas, que certains de leurs journalistes sont encore conviés dans des émissions quotidiennes pour pondre, si ce n’est pas vomir, leurs avis éclairés. Ne me faites pourtant pas dire ce que je n’ai pas dit : on peut écrire dans ces torchons et être d’une intelligence normale, voire supérieure (pensons à Joseph Macé-Scaron chez Marianne, dont les éditos au Fig Mag tiraient leurs lecteurs vers les sommets). Mais on continuera de mettre son talent au service d’une pensée engluée dans la bien-pensance (n’en déplaise à Monsieur Kahn) et dans une vision surannée de la société adoptée par les élites de la médiocrité adoubées par mai 1968.

Ce petit mois de mai revient souvent dans les discours de droite, j’en ai bien conscience. Mais le bien qui en est sorti à l’époque – un certain affranchissement d’une conception « réactionnaire » de la société – a été effacé par les méfaits qu’il a produit durant quarante années – un esprit révolutionnaire en tout, et un accaparement partiel mais néfaste de la stature d’indépendance intellectuelle au profit de l’intelligentsia de gauche. L’idée de vouloir s’affranchir d’un tel héritage, portée par le Président en campagne, fait fulminer tous ceux qui voient dans ces quelques jours le virage capital de la France vers la modernité. Et elle fait vibrer ceux qui n’oublient pas la marche des partisans de de Gaulle du 30 mai, et ressentent que ce qui fait grandeur de la France ne se résume pas uniquement à des étudiants qui battent le pavé pour mieux l’envoyer à la tronche des CRS.

Un putsch de Fillon ! Et pourquoi pas une prise d’arme de Xavier Bertrand ou un coup d’Etat de Jack Lang ? (à dire en l’imitant : « la siège du palais présidentiel : c’est une idée de moi ! »)
Il faut une sacré dose d'audace et de stupidité pour émettre de tels propos. Ils nous démontrent que ces faux journalistes d’opinion sont en réalité de vrais opposants primitifs. Ceux-là savent notamment que leurs journaux se périment vite : ils n’ont pas à endosser la responsabilité de telles sottises très longtemps, comme ceux qui ont comparé Sarkozy à Le Pen pendant la campagne pour essayer de l’éreinter. Il s’agit pour eux d’entretenir en permanence l’idée de pagaille et d’échec à la tête de l’Etat, leur cible privilégiée.
Le plus fidèle des sarkozystes, un homme détaché des sondages, vouloir être calife à la place du calife ? Ils vont loin, très loin. A croire que leur devise est « plus c’est gros plus ça passe ». "Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti". La phrase est belle et pleine de sens. Mais il ne suffit pas de l'imprimer sous le titre pour se l'accaparer et s'en imprégner. Permettez-moi d'ailleurs de douter qu'il plût à l'admirable Camus d'être embrigadé dans ce coup là.

Et parlons un peu du Nouvel Obs et de sa publication courageuse du fameux appel. Sans doute ont-ils cru qu’ils pourraient ainsi s’investir de la même gloire que l’Aurore publiant le « J’accuse » ? Ou qu’ils rejoindraient le comité des intellectuels antifascistes de 1934 (titre auquel j'adjoindrai volontiers "modestes") dans la lutte contre le Mal ? Et quelle prestigieuse liste de signataires ! Bayrou, le monarque du Moudem ; Royal, qui critique la venue de Khadafi lorsqu’elle ne vante pas la rapidité de la justice chinoise ou ne rencontre pas des membres du Hezbollah ; et Villepin, pour qui Clearstream ne fera probablement au final que prouver qu’il voulait empêcher Sarkozy de franchir le Rubicon pour tenter lui-même la traversée (avec du plomb dans les poches, cela fit en passant…).

Refaire le match pour faire gagner Ségo au moins dans leurs rêves... Une idée bien saugrenue, à moins bien sûr qu'ils ne préfèrent une République où l'on vote tous les mois pour un nouveau dirigeant! Il faut nous persuader qu'en matière de vie politique, l'extrêmisme de gauche vaut celui de droite, et qu'il faut désormais se départir de l'idée que l'un est meilleur que l'autre. C'est notamment la raison pour laquelle on devrait apporter moins de crédit à ces journaux dont le manque de sérieux contraste avec la gravité des sujets qu'ils évoquent, au simple motif que certains extrêmistes s'investissent du droit de tout dire en toute impunité.

Les tenants d'une version angélique de l'Histoire de l'extrême gauche ont réussi la prouesse de transformer des bouchers en héros. Ainsi, certains arborent la figure de Guevara sur leurs t-shirts ou accrochent des affiches de Mao dans leurs cuisines. Liraient-ils pour autant Mein kampf dans le métro? Ne peut-on pas dégager une similitude entre cette aberration et l'errement qui consiste à prendre pour du miel le venin de certains journalistes? Il convient aujourd'hui de lutter contre les fanatismes de tous bords, et de revenir à une certaine raison, qui par ailleurs n'entrave en rien l'engagement politique éditorial, tout en conservant pudeur et mesure. Et de commencer à croire qu'en effet, "dans un monde parfait, l'Humanité n'existerai pas". C'est bien là le seul point que je leur concèderai.

Je vous souhaite un bon début de semaine.

PS: Un détail cependant: cette critique acerbe ne visait pas le Canard enchaîné, pour la simple et bonne raison qu'il est installé depuis longtemps dans la satire politique, genre nécéssaire, et différent, car assumé, de la presse d'opinion calomnieuse.

6 commentaires:

Olivier a dit…

Encore un bon billet, peut-etre moins bon que les autres, mais c'est sans doute parce que j'adhère moins à ce que tu dis ici. Chacun sait que Fillon ne volera pas le pouvoir à Sarko, mais au regard de la grande différence de popularité entre les deux hommes, on peut se demander s'il n'aurait pas interêt à sortir un peu de l'ombre pour expliquer la nécessité des réformes. Autant capitaliser la-dessus, plutot que d'essayer de monter ces 2 hommes l'un contre l'autre (chose je pense impossible).

Concernant l'appel de Marianne, je suis assez d'accord avec toi sur le fait que les personnalités l'ayant signé l'on plus fait pour montrer qu'ils existaient encore après leurs défaites que pour signaler leur désapprobations face à la politique mis en place depuis mai.

PS: L'affiche de Mao qui trônait dans ma cuisine est une affiche originale de propagande communiste que j'ai ramené de Chine, et c'est en tant que souvenir de voyage qu'elle se trouve là, et rien d'autre (je dois avouer m'etre senti viser par cette phrase, étant donné que j'ai aussi un t-shirt du Che!!).

Xavier Bouillot a dit…

Ton commentaire est pertinent. J'ai l'impression que les gens aime moins ce billet, bien qu'il me tienne à coeur (j'aurais pu le raccourcir, cela est vrai). Mais j'adhère à ton point de vue sur le comportement de Fillon.

PSSL (pour post scriptum super long): Figures-toi, mon très cher Olivier, que tu étais bel et bien visé par cette remarque. C'est le contraste entre ton intelligence (que je sais vaste) et cette affiche ridicule, comme je te l'ai déjà fait savoir 20 fois, qui me choque un peu.

Une affiche d'Hitler trônerait-elle dans ta cuisine si tu avais visité Munich?

Je suis sur ce point en très profond désaccord avec toi, et tu le sais. Sachant qu'il y a de plus de nombreux autres souvenirs plus positifs à ramener d'un voyage en Chine, comme des baguettes ou une Chinoise consentante.

Anonyme a dit…

mon cher xavier,

facebook m'a guidé vers ce blog. dieu que c'est bien écrit!!!
je me souviendrai, à l'avenir, quand tu deviendras un grand homme, que j'aurai eu l'occasion de pouvoir te lire le figaro, assise sur un canapé, ds un local, perdu au fond d' une université.

je t'embrasse
Anaïs

Xavier Bouillot a dit…

Chère Anaïs,

ces lectures hebdomadaires du figaro restent gravées dans ma mémoire comme une intense communion autour d'un même idéal. Merci pour tes encouragements.

Olivier a dit…

Un jour je la vendrai et te paierai un coup avec les gains... Ou alors je la brulerai et tu me paieras un coup pour me remercier.

Ce billet plait moins peut-etre parce qu'il est moins structuré... Ecris plus vite que les autres?

Xavier Bouillot a dit…

Ecrit avec mon coeur oui!
Pas de problème pour le coup à boire, à condition que ça vienne rapidement!