
Peuple des infidèles!
Je tiens à vous rassurer à l'instant, je ne vais pas m'exercer au discours religieux intégriste, comme pourrait le laisser sous-entendre ce titre. Rien de tout cela. Je veux évoquer dans ce deuxième billet la chute de popularité présidentielle. Chute vertigineuse dont certains se délectent, préférant encore une fois tirer sur l'ambulance que de saisir l'occasion d'incarner enfin une véritable force de proposition alternative. Les farouches détracteurs du Président ont la mémoire courte: ils n'ont jamais vraiment gagné à lui taper dessus sans vergogne. Même mon poisson rouge se souvient que la diabolisation, le reductio ad hitlerum dont parlait Léo Strauss, n'a pas eu l'effet escompté. Alors franchement, Monsieur Hollande (pour ne citer que lui) a-t-il si peu à dire qu'il préfère matraquer Sarkozy en-dessous de la ceinture plutôt que d'admettre que ses idées sonnent creuses?
Et pourtant. En faisant flèche de tout bois, ils ont fini par éroder sévèremment la "côte de popularité" du Président. Et, qu'on veuille bien me pardonner cette critique qui touche un large panel de nos concitoyens, il me semble que c'est faire preuve d'une certaine naïveté que de tomber dans ce panneau là. Très sérieusement, la majorité des Français croit-elle que son action est moins résolue qu'en août? Il m'apparaît tout juste que le "style sarko" peut déranger, mais pas la politique, preuve en est l'état de grâce dans lequel s'est installé le soldat Fillon, récompensé à juste titre de son ardeur à la tâche. On me pardonnera encore, mais si le Président est suivi par une nuée de photographes, c'est surtout qu'il fréquente des femmes d'un genre, pour reprendre un terme usé jusqu'à la corde, plus glamour.
En matière d'information, l'offre crée beaucoup plus la demande qu'on ne le pense. Un sondage - vous apprendrez pourtant que je n'aime pas leur accorder trop d'importance - dénonce les excès des médias dans le cas du "casse toi pauvre con" (à 78%!). Les gens sont demandeurs de telles inepties parce qu'on les façonnent en information de valeur. Cette semaine, le FNLC-UC a exhorté les Français résidant en Corse (un comble!) à ne pas aller voter pour les municipales, et , cela dit en passant, sans provoquer l'émoi des élus corses ou même de réaction majeure dans le pays. Qui a eu vent de cette nouvelle? Et qui pense qu'elle a tout de même une toute autre importance qu'un rapide échange de noms d'oiseaux entre deux vaches? Levez-la main. Pas tous à la fois, je n'arrive plus à compter.
Le peuple est volatile. Il flotte, il hésite, en un mot, il est opinion. Il veut des réponses instantanées à des problèmes qui mutent lentement. Il est si versatile que de l'amour fou, il passe au désamour en aussi peu de temps qu'il faut pour écouter ses ennemis de toujours dire: "Il y a un problème avec le Président". N'est-il pas conscient qu'il n'y a qu'un bulletin à glisser tous les cinq ans? Ce n'est pas un engagement jusqu'à ce que la mort nous sépare, c'est pour un petit lustre! Le parallèle avec le mariage n'est pas anodin, et nous ramène au titre de ce post. Serait-ce aller loin que de comparer la hausse du nombre des divorces avec le zapping électoral et ces brusques revirements qui semblent peu fondés? En politique comme en amour, la fidélité serait-elle en train de perdre ses lettres de noblesse?
Bien sûr, le Président a soulevé de grandes espérances durant sa campagne, et il est normal qu'il y ait des mécontentements. Mais ces déceptions m'évoquent pour beaucoup celle de l'enfant qui veut tout sur le champ, alors que, plus que jamais en cette époque où le tempo s'emballe, il faut nous remémorer que parfois les choses prennent du temps, en particulier lorsqu'il s'agit de réformer un pays.
Le Président ne mérite pas un tel acharnement et une telle côte, ne serait-ce que parce qu'aujourd'hui, cette chute est devenue l'écran de fumée derrière lequel certains espèrent dissimuler que l'action gouvernementale suit son cours, cours qui prit sa source au temps délicieux des 65% favorables, qui flirtaient avec les chiffres du Général en son temps.
Mais, il en a fait montre plus d'une fois, Nicolas Sarkozy est plein de ressource et de surprise. Il rebondira. Tant qu'il mènera la barque dans la bonne direction, je lui passerai ses petits défauts, ne l'accablerai pas du fait de sa vie privée, pour mieux profiter de son talent et de son énergie. En somme, je lui serai fidèle. Si seulement 53,06% des Français lisaient vasteprogramme!
Si vous avez tenu jusqu'à cette ultime phrase, je vous remercie de votre attention.
PS: je trouve qu'on prête trop d'attention aux sondages et aux sondeurs. S'ils ne faut pas les ignorer, il faut en saisir les réalités, les imprécisions et les dangers, exigence intellectuelle qui sera largement comblée par l'excellent livre (et d'ailleurs rapidement lu) dont la couverture est reproduite en haut de ce post. Il s'agit de l'Ivresse des sondages, d'Alain Garrigou, déjà auteur d'une passionante histoire sociale du suffrage universel en France depuis 1848.
7 commentaires:
Magnifique post !!!
Toujours aussi grandiloquent ...
Avec ta pointe de facétie, délicieux !!!
Je te lirais et relirais sans cesse !!!
Je te serais fidèle si tu es président !!!
Affection !!!
Ton cousin : Schouch !!!
Témérité, précipitation, voire même arrogance, voilà ce qu'on repproche au Président Sarkozy. Certes, c'est un homme d'une intelligence supérieure, mais il en est d'autant plus légitime de dénoncer les excès de son caractère et de sa méthode, étant lui-même de cette nouvelle génération de politiciens qui mettent le paquet sur leur com', assurée par d'anciens publicitaires.
Le Président est mandaté pour représenter la France et la diriger, ce qui couvre à ce titre ses "activités extra-politiques", son comportement et ses paroles, dès lors qu'elles sont médiatisées, c'est un fait. Bref, un Président ne doit pas dire "casse toi pauvre con"
et il est naturel de reconnaître et d'assumer un dérapage, auquel les citoyens n'accordent heureusement pas grande importance au final.
On peut regretter la classe de Chirac qui, habitué au mépris (il était à bonne école avec VGE) et aux attaques verbales occasionnelles avait suffisamment d'esprit et de hauteur pour y répondre avec panache, voire brio, voire succès.
Les français sont des girouettes, certes. Mais pour ma part je trouve qu'ils ont bien raison. On les matraque de sondages stériles et renouvelés chaque semaine.
Le sondage, cette démocratie virtuelle et factice, est une bonne manne pour les journalistes, d'où sa prolifération, qui a néanmoins un corollaire regretable, mais logique : c'est devenu l'instrument du coup de gueule. Après avoir donné son avis pour les 5 ans à venir, voilà qu'on nous le redemande chaque semaine, du coup, autant en profiter pour se plaindre, ça paraît même plus utile qu'un soutien béat.. Le gouvernement quand à lui tiens son cap mais prend en compte la critique.
D'ailleurs la popularité de Fillon montre qu'au fonds les français ne se sont pas vraiment retournés contre le programme pour lequel ils ont votés, la désapprobation porte surtout sur les méthode du Président qui a lui-même choisi de s'exposer à la place de son Premier Ministre...
Donc si tu veux critiquer, critique les sondeurs.
Quelles conséquences en effets pour cette grogne qui ressort des sondages? Pour ce qui est des municipales, la claque n'en sera pas une, puisqu'elle est annoncée, et par les sondages justement. Il suffirait d'un sursaut de la droite au second tour pour que le "moindre mal" devienne une pseudo-victoire, et les premières élections post-présidentielles sont, de coutûme, une sanction du gouvernement.
Bref, ne repproche pas aux français, auxquels on demande sans cesse leur avis, de critiquer leur Président, qui le cherche un peu. Les institutions et les mandats ne sont pas remis en causes, le gouvernement poursuit son programme, où est le préjudice?
Pour ma part je trouve même que la grogne a eu pour effet positif de recadrer un peu le chef de l'Etat, ce qui est somme nécessaire.
Voila mon avis (j'ai poussé un peu pour le débat)
Premièrement, si je veux critiquer, je critique qui je veux. Non mais!
Et puis j'aimerais te signaler qu'en réalité nos deux discours sont loin d'être différents, bien que tu n'aies peut-être pas tout lu de ce que j'ai écrit.
Vois-tu, la charge contre les sondeurs me semble un peu facile. Bien sûr, on peut voir en eux des thermomètre faussés de la témpérature publique, ce qui est mon cas. Mais ce qui m'agace, dans toutes ces histoires, ces l'utilisation médiatique à outrance des sondages.
Quand aux fondements de si mauvaises côtes, je me suis déjà exprimé à ce sujet, sur lequel nous sommes semble-t-il en désaccord. Mais tu as raison de dire que tout cela n'a pas grande importance. Le problème est que certains voudraient que ça en est, et qu'on leur tend le micro.
Il n'y a pas beaucoup d'Aristide sur terre, et encore moins d'Aristide susceptible de ce rendre sur mon blog, donc je suppose que tu es the one, choupi, et j'en profite pour te dire que j'en causerai bein autour d'un canon avec toi (et merci pour ton sms).
Ce Cher Monsieur est mon prof en M2...
ça ça m'étonnerait!
Je rejoins tes idées concernant le tumulte médiatique infondé autour de cette affaire. En revanche, le manque de classe flagrant de N.Sarkozy qui ne manque cependant pas d'idées, m'inspire deux mots : Jacques Chirac. J'aurai beaucoup donné pour le voir répondre à un "Touches pas tu me salis". Ca lui en aurait "Touché une sans faire bouger l'autre".
C'est un bon début. rdv en 2050 !!!!
M. le Ministre De Sports
aymeric
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