
« Ah ! Les cons ! S'ils savaient »
Daladier, revenant de la conférence de Munich où une paix factice avait été conclue avec Hitler et les puissances européennes, lâcha ces quelques mots superbes lorsqu’un collaborateur lui assura que la foule qui l’attendait sur le tarmac de l’aéroport, et qu’il contemplait depuis son hublot, était réunie non pour un lynchage, mais bien pour une ovation. La SFIO aurait-elle, si un badaud avait filmé le (non)-évènement au moyen de son téléphone portable, fait ses choux gras de cette phrase volée ? Sommes-nous à ce point naïfs que nous croyons que le langage et les réactions d’un Président de la République, quel qu’il soit, collent à l’ambiance feutrée des alcôves élyséennes ? Personne, à par Patrick Devedjian qui en a récemment fait les frais, ne serait en mesure de comprendre que ce qui a changé n’est pas forcément le comportement des politiques, qui restent des hommes comme les autres, mais bien la couverture médiatique qui désormais les étouffent ?
Que notre Président n’ait pas été des plus distingués, il faut l’admettre. Mais que cela puisse provoquer un tel remue-ménage, il faut le déplorer. Vous me direz, et vous n’aurez pas tort, qu’un tel message alimente le débat stérile né de cette altercation comme il y en a des milliers à la minute. Mais c’est le phénomène qui prête à réellement réfléchir, pas le déclencheur. Car c’est en effet, depuis deux jours, la souris qui a accouché d’une montagne.
On me permettra néanmoins une digression sur le désormais trop fameux « casse-toi pauvre con ». Que fait ce triste sire au milieu de la cohue, si ce n’est attendre de se trouver face au Président pour, par pure vilénie, lui témoigner son mépris et ainsi décrocher le quart d’heure de célébrité wahrolien qu’il ne mérite pas ? Il est d’ailleurs bien déplorable de devenir la vedette de la vidéo tant visionnée avec pour seul talent l’irrévérence et, on ne le dit pas assez, la méchanceté. Qu’il n’aime pas Sarkozy, libre à lui ! Mais s’en servir de défouloir, quel comportement bien accablant ! Comportement qui n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, la battue orchestrée par certains médias et la gauche pour pousser le Président dans ses derniers retranchements. Quant à sa réponse, il est sûr qu’un simple « imbécile », ou une répartie cinglante bien que courtoise aurait été plus appropriée, mais, très franchement, appeler un con un con n’est-il pas la marque d’un certain réalisme ?
Ce qui est vraiment effrayant, et effarant, dans tout cela, c’est la réaction des gens. Pourquoi, nom de nom, prêter plus d’importance à cette algarade qu’à une dispute entre mon facteur et ma concierge ? Ou qu’à un vrai élément d’actualité ? J’entrevois deux réponses.
Premio, il en est qui, pour éviter de chuter définitivement, se raccrochent au moindre détail. Si vous n’avez pas compris, je parle notamment de la gauche. Regardons-les, tous ces codes de bonne-conduite ambulants, boursouflés de leur rôle de critique automatique, tenter d’abattre un éléphant (sic) en lui jetant des cailloux. Cela en dit long sur leur place dans l’échiquier politique. Un opposant digne de ce nom exploiterait des failles, alors qu’ils veulent voir s’effondrer l’édifice en bourrant les microfissures de dynamite. Tout ceci n’est que gesticulations. Cela peut faire mal, j’en conviens, et il faut espérer que la vie politique de ce quinquennat ne sera pas trop souvent ponctuée par ces tempêtes dans des verres d’eau. Et surtout que l’opinion publique reviendra à la raison, sans se laisser berner par le front d’anti-sarkozysme primaire qui crie « fascisme » quand on dit « immigration », « capitalisme de copinage » quand on dit « libéralisme », ou « crise des institutions » quand on dit « pauvre con ».
Cela dit, et c’est ainsi que j’en viens à mon deuxième élément de réponse, derrière cette crisounette, si vous me permettez ce néologisme, se dessine également une tendance qui n’est pas sans inquiéter le « réac’ » de vingt-trois ans que je suis. Et elle me semble d’ailleurs plus inquiétante que l’habituelle médiocrité dont font preuve, pêle-mêle, les dirigeants du PS ou les vaches sacrées du spectacle (il fallait voir Richard Bohringer hier chez Fogiel !) qui voient en Nicolas Sarkozy un homme dangereux et se fendent de couplets grandiloquents pour défendre une République en péril (suivez mon regard). Non. L’inquiétude vient des passions que cela déchaîne, et du traitement qui en est fait par les médias. Lorsqu’on se penche quelques instants sur le succès des pages internet relatant cette bien insipide histoire et sur celui des informations qui avaient une vraie substance ce jour là, il est fort à penser qu’il y a un glissement dangereux des médias de l’essentiel vers l’anecdotique. Nous aurons l’occasion d’y revenir sur ce tout jeune blog. En tout cas, plus que jamais, il convient de se questionner sur la hiérarchisation de l’information. Si le lecteur veut du gras, du détail, du croustillant, il peut avoir Closer ou Voici, pour le prix du Figaro. Quant à voir les milliers de messages (pour la plupart plus vulgaires et irrespectueux) qu’ont suscités ces quelques mots, il y a là une preuve indéniable que les politiques, s’ils ne s’en sont pas encore persuadés, doivent composer avec la puissance du média internet.
Je termine ce premier post en appelant à la vigilance, non républicaine, mais intellectuelle. Allons-nous nous cantonner au vide sidéral que nous proposent certains médias par leurs partis-pris grossiers ou leur information dévalorisée ? Ou souhaitons-nous nous recentrer sur le fondamental, sur ce qui est vrai, durable, et non sur ce qui n’est que vent ? Voilà une conclusion qui frise la grandiloquence, mais qui vise surtout à témoigner de l’exigence de consistance dans laquelle j’espère placer ce blog.
A très bientôt.
Daladier, revenant de la conférence de Munich où une paix factice avait été conclue avec Hitler et les puissances européennes, lâcha ces quelques mots superbes lorsqu’un collaborateur lui assura que la foule qui l’attendait sur le tarmac de l’aéroport, et qu’il contemplait depuis son hublot, était réunie non pour un lynchage, mais bien pour une ovation. La SFIO aurait-elle, si un badaud avait filmé le (non)-évènement au moyen de son téléphone portable, fait ses choux gras de cette phrase volée ? Sommes-nous à ce point naïfs que nous croyons que le langage et les réactions d’un Président de la République, quel qu’il soit, collent à l’ambiance feutrée des alcôves élyséennes ? Personne, à par Patrick Devedjian qui en a récemment fait les frais, ne serait en mesure de comprendre que ce qui a changé n’est pas forcément le comportement des politiques, qui restent des hommes comme les autres, mais bien la couverture médiatique qui désormais les étouffent ?
Que notre Président n’ait pas été des plus distingués, il faut l’admettre. Mais que cela puisse provoquer un tel remue-ménage, il faut le déplorer. Vous me direz, et vous n’aurez pas tort, qu’un tel message alimente le débat stérile né de cette altercation comme il y en a des milliers à la minute. Mais c’est le phénomène qui prête à réellement réfléchir, pas le déclencheur. Car c’est en effet, depuis deux jours, la souris qui a accouché d’une montagne.
On me permettra néanmoins une digression sur le désormais trop fameux « casse-toi pauvre con ». Que fait ce triste sire au milieu de la cohue, si ce n’est attendre de se trouver face au Président pour, par pure vilénie, lui témoigner son mépris et ainsi décrocher le quart d’heure de célébrité wahrolien qu’il ne mérite pas ? Il est d’ailleurs bien déplorable de devenir la vedette de la vidéo tant visionnée avec pour seul talent l’irrévérence et, on ne le dit pas assez, la méchanceté. Qu’il n’aime pas Sarkozy, libre à lui ! Mais s’en servir de défouloir, quel comportement bien accablant ! Comportement qui n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, la battue orchestrée par certains médias et la gauche pour pousser le Président dans ses derniers retranchements. Quant à sa réponse, il est sûr qu’un simple « imbécile », ou une répartie cinglante bien que courtoise aurait été plus appropriée, mais, très franchement, appeler un con un con n’est-il pas la marque d’un certain réalisme ?
Ce qui est vraiment effrayant, et effarant, dans tout cela, c’est la réaction des gens. Pourquoi, nom de nom, prêter plus d’importance à cette algarade qu’à une dispute entre mon facteur et ma concierge ? Ou qu’à un vrai élément d’actualité ? J’entrevois deux réponses.
Premio, il en est qui, pour éviter de chuter définitivement, se raccrochent au moindre détail. Si vous n’avez pas compris, je parle notamment de la gauche. Regardons-les, tous ces codes de bonne-conduite ambulants, boursouflés de leur rôle de critique automatique, tenter d’abattre un éléphant (sic) en lui jetant des cailloux. Cela en dit long sur leur place dans l’échiquier politique. Un opposant digne de ce nom exploiterait des failles, alors qu’ils veulent voir s’effondrer l’édifice en bourrant les microfissures de dynamite. Tout ceci n’est que gesticulations. Cela peut faire mal, j’en conviens, et il faut espérer que la vie politique de ce quinquennat ne sera pas trop souvent ponctuée par ces tempêtes dans des verres d’eau. Et surtout que l’opinion publique reviendra à la raison, sans se laisser berner par le front d’anti-sarkozysme primaire qui crie « fascisme » quand on dit « immigration », « capitalisme de copinage » quand on dit « libéralisme », ou « crise des institutions » quand on dit « pauvre con ».
Cela dit, et c’est ainsi que j’en viens à mon deuxième élément de réponse, derrière cette crisounette, si vous me permettez ce néologisme, se dessine également une tendance qui n’est pas sans inquiéter le « réac’ » de vingt-trois ans que je suis. Et elle me semble d’ailleurs plus inquiétante que l’habituelle médiocrité dont font preuve, pêle-mêle, les dirigeants du PS ou les vaches sacrées du spectacle (il fallait voir Richard Bohringer hier chez Fogiel !) qui voient en Nicolas Sarkozy un homme dangereux et se fendent de couplets grandiloquents pour défendre une République en péril (suivez mon regard). Non. L’inquiétude vient des passions que cela déchaîne, et du traitement qui en est fait par les médias. Lorsqu’on se penche quelques instants sur le succès des pages internet relatant cette bien insipide histoire et sur celui des informations qui avaient une vraie substance ce jour là, il est fort à penser qu’il y a un glissement dangereux des médias de l’essentiel vers l’anecdotique. Nous aurons l’occasion d’y revenir sur ce tout jeune blog. En tout cas, plus que jamais, il convient de se questionner sur la hiérarchisation de l’information. Si le lecteur veut du gras, du détail, du croustillant, il peut avoir Closer ou Voici, pour le prix du Figaro. Quant à voir les milliers de messages (pour la plupart plus vulgaires et irrespectueux) qu’ont suscités ces quelques mots, il y a là une preuve indéniable que les politiques, s’ils ne s’en sont pas encore persuadés, doivent composer avec la puissance du média internet.
Je termine ce premier post en appelant à la vigilance, non républicaine, mais intellectuelle. Allons-nous nous cantonner au vide sidéral que nous proposent certains médias par leurs partis-pris grossiers ou leur information dévalorisée ? Ou souhaitons-nous nous recentrer sur le fondamental, sur ce qui est vrai, durable, et non sur ce qui n’est que vent ? Voilà une conclusion qui frise la grandiloquence, mais qui vise surtout à témoigner de l’exigence de consistance dans laquelle j’espère placer ce blog.
A très bientôt.
PS : Ce dessin de Gief, qui nous prouve que l’humour reste une belle arme, a été trouvé sur le blog Criticus, qui je pense ne verra pas d’objection à ce que je le reproduise, puisqu'il l'a diffusé lui-même sur Facebook. J’encourage d’ailleurs qui veut à s’y rendre car, bien que je n’adhère pas à la totalité du discours, j’apprécie l’esprit et le style de l’auteur.
5 commentaires:
Mon bon xavier,
je suis bien d'accord avec toi sur le fait que nous ne devrions pas accorder de crédit à une phrase somme toute normale.
Qu'en est il en revanche du petit ballet l'élysée/le parisien qui à coups de communiqué de presse menti,démenti,nous prends encore une fois pour des cons.
Que Sarko soit humain et ai des gestes d'agacement c'est normal, qu'il parle comme le dernier des connard a un homme qui est soit débile, je trouve ça choquant.
Jusqu'ou va t il alleR?
Chapuis-sur-le-bouton
p.s : pour mon cours de marketing politique je cherche un nom de parti, t'as une idée?
Mon petit Chapuis-sur-le-bouton,
ce que j'essayai de dire, c'est que justement, il ne faut pas céder à l'angélisme en politique. Très honnêtement, le jour où je serai Président, je ne me vois pas abandonner mon envie de traiter un con de con pour paraître plus lisse. Pourtant, je serai toujours le même non? Je sais bien que ce n'est pas très élégant, mais c'est bêtement humain.
Concernant un nom de parti politique, il me semble qu'il me faut un tantinet plus de détail sur ses orientations, mais j'en ai un ou deux sous le coude.
Je t'embrasse
Excellente initiative que ce blog, j'espère avoir l'occasion de te lire souvent !
Bonne chance !
Quelle plaisir de retrouver ta plume. Tu t'es enfin decide, bravo
Bye
Comparaison n'est pas raison: si le mot est en effet le même, et compte au registre de chacun d'entre nous les réactions qu'il marque peuvent être diverses.
Tantôt cruel, d'autant plus superbe (je me permets la citation) que lapidaire, résumé d'évenements en cours, signifiant la distanciation de son émetteur; D'autre fois vide, sans une once de second degré (on regrette le prédécesseur, opposant son patronyme à celui qui avait cru pouvoir le saluer d'un nom d'oiseau), juste le mot en lui même, n'ajoutant rien d'autre qu'une grossièreté supplémentaire à la première.
Pour le reste, il est aussi vain pour l'accusation que pour la défense d'en faire un argument.
Tous mes encouragements à l'animateur de ce blog!
MHP
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